Bordeaux (33) Le lobby pour la défense du produit veut mettre les bouchées doubles. Lors de son congrès annuel, le mot d’ordre d’Euro-Toques, c’est ‘mobilisation’ au coeur des régions pour avoir du poids à Bruxelles.
Cela fait 30 ans déjà que Euro-Toques milite contre la standardisation du goût et des produits alimentaires dans le respect de la diversité. Un combat qui est plus que jamais d’actualité. Paul Bocuse, président fondateur, avait déjà compris qu’il fallait se battre pour préserver les produits de qualité, pour soutenir les éleveurs et les agriculteurs, pour sauver notre patrimoine que beaucoup nous envient. Cela voulait dire qu’il fallait être vigilant et devenir un lobby présent en permanence à Bruxelles au coeur du système décisionnel européen.
Les présidents Bernard Fournier (de 1986 à 1999), Henri Charvet (de 1999 à 2011) et Didier Peschard (2012 à 2014) ont à leur actif des victoires, des demi-réussites voire quelques échecs. Mais l’importance du combat pour la défense du produit transcende et quelques batailles perdues ne les désarment pas. Michel Roth et Guillaume Gomez, co-présidents depuis une année, sont de la même trempe. Ils veulent continuer la lutte et même l’intensifier. Euro-Toques réunit 2000 membres en Europe dont près de 250 en France. Les deux co-présidents veulent redynamiser l’association et accueillir un plus grand nombre de membres. « Tous les chefs devraient être Euro-Toques. C’est la base du métier que de travailler les bons produits. Nous sommes tous concernés comme les consommateurs qui eux aussi veulent savoir ce qu’ils mangent et veulent de la qualité. Militer pour la préservation des produits de nos territoires est le combat le plus important. C’est celui pour lequel nous devons tous oeuvrer ! », dit Guillaume Gomez. « Nous devons repartir des régions avec tous les professionnels des métiers de bouche et travailler avec les agriculteurs. Les 13 régions vont avoir plus de pouvoirs et nous allons nous appuyer sur les instances régionales, ainsi nous réussirons plus facilement à nous faire entendre à Bruxelles », explique Michel Roth.
Au fil des années, Euro-Toques a défendu le foie gras artisanal, le gibier, le fromage au lait cru… alors que certains voulaient les faire disparaître. De façon récurrente, de nouvelles attaques contre ces produits réapparaissent. Le lobby, imperturbable, poursuit sa mission et se mobilise pour contrer ces tentatives déplorables.
L’une des plus belles réussites d’Euro-Toques, c’est la création des Appellations d’Origine Contrôlée (AOC) et des Indications Géographiques Protégées. On notera aussi l’obligation d’indiquer la présence d’huile de palme dans la composition du chocolat. Si l’on n’arrive pas à la faire interdire, il faut au moins que le professionnel ou le consommateur soit informé pour faire un choix éclairé. Le lobby a réussi.
Par Nadine Lemoine